Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Yves Spriet : « Le cheval de trait : une source d’énergie non polluante »

Vous avez été élu depuis peu à la tête de France Trait, que représente cette association ?

France Trait est la fédération de neuf associations de races de trait françaises. Son objectif est de servir d’interlocuteur unique auprès des politiques et des institutions. La fédération fait aussi la promotion des nouvelles utilisations du cheval et de la viande. Parallèlement, une autre organisation s’est montée : la SFET, société française des équidés de travail. Elle regroupe France trait, la Fédération des chevaux de territoire et France Ânes et Mulet, toujours dans cet objectif d’avoir un interlocuteur unique et aussi plus de force.

Quelles sont les régions où l’élevage de chevaux de trait est très présent ? Le commerce de viande y est-elle la principale ressource ?

Les régions où l’élevage de cheval est plus développé sont notamment les zones agricoles et montagneuses. Dans les races où les effectifs sont plus nombreux, le commerce de la viande est très important. Au plan national, environ 2/3 de la viande de cheval est importée et une part majoritaire de la viande française est exportée en Espagne et en Italie.
On a donc ressenti le contre coup des différentes crises mais cela a aussi favorisé les circuits courts. Des éleveurs se sont donc lancés dans la vente de caissettes, notamment dans le Boulonnais. Aujourd’hui, ce circuit est plutôt bien développé.

Comment se situent les races régionales parmi les autres races de chevaux de trait ?

Le Trait du Nord et le Boulonnais restent de toutes petites races en termes d’effectifs. Le Trait du Nord n’était plus qu’à 75 naissances en 2007. Aujourd’hui, nous avons atteint les 115 naissances. Le dynamisme de la région a beaucoup aidé. Le défi était d’être à +20 % en 2013.
Dans la race Boulonnaise, la chute des naissances a été enrayée. Le Boulonnais a connu plus de difficultés à remonter les effectifs. Les deux organisations de races sont très différentes. La centaine d’éleveurs de Trait du Nord sont petits. Il reste seulement deux gros élevages en Picardie (plus de dix poulinières). En race boulonnaise, les éleveurs sont également une centaine mais pour un nombre plus important d’animaux. Quand un éleveur cesse les conséquences sont donc plus lourdes en Boulonnais.
Le plan de sauvegarde qui entame sa dernière année est un vrai soutien aux deux races de trait régionales. L’enjeu sera de renégocier un nouveau plan pour 2015, notamment au niveau économique. Une réflexion est également en cours pour savoir quel statut donner au Pôle Trait du Nord et à la Maison du cheval boulonnais. Le cheval de trait est un patrimoine régional qu’il est important de conserver. Je pense aussi qu’il a sa place et une utilité face aux nouveaux enjeux de développement durable.

Vous parlez de développement durable, quel rôle peut jouer le cheval de trait ?

C’est un acteur intéressant qui produit une énergie non polluante. Au niveau du débardage, le cheval est complémentaire des machines.
De nouvelles utilisations se développent également : maraîchage, tourisme. Dans le Bordelais, le cheval est utilisé dans les vignes. Ils ont une influence directe sur la qualité et le tassement des sols. Les nouvelles utilisations du cheval de trait reste un marché de niche. La difficulté est d’avoir des chevaux bien préparés. De nouveaux projets arrivent dans la région. La ville de Grande Synthe (59) a demandé une paire de Boulonnais et une paire de Trait du Nord pour l’entretien des espaces verts et le transport de personnes.

Quel est l’avenir pour les chevaux de trait, notamment face à la nouvelle Pac et au désengagement de l’Etat de certaines missions ?

Un des défis est de retrouver des éleveurs mais également de développer le débouché pour les chevaux de trait. Si gagner de l’argent n’est pas l’objectif premier, il faut au moins que les éleveurs n’en perdent pas. Il faut donc rentabiliser le fait de s’occuper des chevaux. L’avenir passe aussi par le maintien voir le développement des races, trouver des nouvelles utilisations, obtenir un prix convenable et développer des circuits locaux de viande de cheval.
Concernant la Pac, nous voudrions que les juments allaitantes soient reconnues car pour le moment le cheval est exclu des herbivores. Ainsi les éleveurs d’équidés auraient accès au dispositif d’aides. Nous sommes également pour l’aide aux petites structures et la réorientation vers l’herbe.
L’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) met fin à sa mission d’étalonnage. Elle possède encore 400 étalons de trait et a décidé d’en céder 300 aux syndicats de race. Si en Trait du Nord et en Boulonnais, il y a peu d’animaux (8 au total), d’autres races ne peuvent pas assumer financièrement l’achat d’un grand nombre d’animaux. La situation financière de certains syndicats est d’ailleurs délicate comme celui de l’Auxois et celui de l’Ardennais. Les négociations sont donc toujours en cours mais la volonté de l’IFCE est de rendre effectif la vente en fin d’année 2013 ou début d’année 2014. Les étalons sont déjà répartis sur le territoire et les privés ont pris avec succès la suite de la mission.

Propos recueillis par Carole Gautier

 

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