Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Production agricole et maraîchère à Saint-Omer : les spécificités du marais bientôt reconnues ?

marais audomaroisEt, au final, se traduire par le versement d’une indemnité spécifique zone humide qui prendrait en compte les surcoûts liés à la mise en valeur, par les maraîchers et les éleveurs, de cet espace indispensable à la préservation de la qualité de l’eau et au bon fonctionnement des écosystèmes. C’est en tout cas le voeu des élus politiques et de la Chambre d’agriculture qui entendent tout mettre en oeuvre pour convaincre les autorités européennes ainsi que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, du bien fondé de leur démarche.

Union sacrée autour du marais

L’initiative poursuivie par la Région Nord-Pas de Calais en vue d’intégrer les spécificités des zones humides dans le prochain règlement de la politique agricole commune, s’inscrit dans le cadre du Local Event* qui se déroulera le 5 octobre prochain à l’occasion de la fête du légume à Saint-Omer. « Notre objectif est de tout mettre en oeuvre pour conserver la vocation économique et maraîchère du marais de Saint-Omer », assure le vice-président du Conseil régional en charge de l’Alimentation, de la Régionalisation de l’agriculture et de la Ruralité, Jean-Louis Robillard. Une ambition partagée par Dominique Rembotte, la vice-présidente du Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale, rappelant au passage les initiatives engagées ces dernières années qui ont notamment abouti à la mise en place d’une convention Ramsar qui consiste à préserver les zones humides ou encore à l’obtention d’un label Man & Biosphère qui porte sur une gestion raisonnée des ressources naturelles, et ce en concertation avec les maraîchers.

Autant d’initiatives indispensables pour protéger ce qui constitue « le poumon vert et bleu du territoire », souligne pour sa part Joël Duquenoy, le président de la communauté d’agglomération de Saint-Omer, qui insiste sur « la difficulté qui consiste à vouloir concilier les problématiques urbanistiques, touristiques et agricoles ». Ce qui a d’ailleurs incité la communauté d’agglomération à s’attribuer la compétence agricole en ce qui concerne le marais en s’appuyant sur deux projets majeurs : la création d’un pôle de recherche et de développement sur le thème de l’eau pour une programmation étalée sur trois ans ; la création d’un pôle d’excellence agricole à vocation expérimentale orienté vers l’agriculture raisonnée.

Compenser un manque à gagner

Une orientation partagée par Didier Helleboid, vice-président de la Chambre d’agriculture et président de la Commission agricole du Parc naturel des Caps et Marais d’Opale, pour qui « les 400 ha mis en valeur par les maraîchers, le double de cette surface s’agissant des éleveurs, demeure fondamentale pour préserver la qualité des eaux, offrir une zone de stockage de l’eau en période pluvieuse… ». Sans perdre de vue les coûts d’entretien que pourraient engendre le marais pour la collectivité en l’absence des agriculteurs », renchérit Bruno Magnier, le président de la commission de l’alimentation, de la régionalisation de l’agriculture et de la ruralité du Conseil régional également maire de Saint-Omer. Un coût qui demeure forcément élevé pour les agriculteurs, le surcoût d’exploitation étant estimé à 560 euros/ha dans le cas du maraichage, 506 euros/ha** pour l’élevage, du fait de la dimension réduite des parcelles et de la difficulté à y accéder. D’où le lobbying mené par les élus et la profession pour obtenir des compensations en faveur des agriculteurs qui pourraient être financées dans le cadre du deuxième pilier du futur règlement de la Pac.

Les contacts établis avec d’autres régions françaises disposant également de zones humides (Parc du marais poitevin, Parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin, Parc de Camargue, Parc de la Brenne, Marais de Sologne), voire européennes, pourraient d’ailleurs finir de convaincre les représentants de la DG Agriculture de la Commission européenne, en particulier Lukas Visek qui se rendra à Saint-Omer le 5 octobre, En parallèle, les représentants des cinq sites français concernés entendent « mobiliser le ministre de l’Agriculture sur le sujet », indique Jean-Louis Robillard qui informe qu’une première enveloppe de 100 000 euros portant sur des aménagements collectifs visant à faciliter l’accessibilité au marais vient d’être votée par la Commission agricole du Conseil régional. Sans doute un bon moyen d’amorcer une réponse positive de Bruxelles en faveur des zones humides…

Philippe Duboelle

* Source Priester et Ramos, Grecat 2010.
** Il s’agit de faire connaître au niveau européen les dynamiques qui animent les territoires fragiles et la cohérence des projets afin que le futur Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural tienne compte de ces réalités.

 

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