Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Pascal Dubus : « Accompagner les Burkinabés sur la voie de la mécanisation »

Qu’est-ce qui vous a incité à devenir importateur de tracteurs agricoles pour l’Afrique ?

Ma présence en Afrique de l’ouest, c’est l’histoire d’une rencontre avec des agriculteurs du Burkina Faso par le biais du ministère de la Coopération qui, à l’époque ou je siégeais au bureau du Centre national des Jeunes agriculteurs, m’avait confié deux missions portant sur la problématique de gestion et de développement local dans ce pays. À cette époque, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes possédant une riche expérience de l’Afrique. Dans le même temps, j’ai pu mesurer la difficulté, pour les paysans africains, de pouvoir disposer de machines agricoles performantes, les tracteurs d’occasion qui leurs étaient fournis étant le plus souvent à bout de souffle. Et ce, à des tarifs deux fois plus élevés que des tracteurs neufs puisque en totalisant les coûts à l’arrivée (tracteur, fret, garantie, dédouanement, marge du concessionnaire…), le coût d’acquisition d’un tracteur se situe le plus souvent autour de 13 à 14 000 euros. Ce qui d’ailleurs, à cette époque, m’a incité à proposer l’un de mes propres tracteurs, un MF 140 sur la base d’un micro-crédit. Et du même coup, à générer une demande.

D’où le début d’une relation commerciale avec le constructeur Tafe India ?

Pas tout de suite. J’ai d’abord conclu un accord avec le groupe AGCO et avec un associé, créé une société pour l’importation de tracteurs Massey Ferguson au Burkina. Pour des raisons de stratégie commerciale liées à la marque mais également politiques – dans le même temps, l’État du Burkina avait décidé de commercialiser 700 tracteurs à prix sacrifié qu’il avait en stock aux paysans Burkinabés – mon projet a échoué. Toutefois, après une période de stand bye et dans un contexte qui s’avérait plus encourageant, – le hasard a voulu que j’entre en contact avec l’industriel indien Tafe qui construit des tracteurs identiques aux modèles Massey Ferguson 35 ou 240 qui étaient utilisés en France il y a de cela plusieurs décennies – j’ai décidé, avec un ami, de relancer cette activité d’importateur sur trois pays africains, le Burkina-Faso, la Côte-d’Ivoire et le Mali pour lesquels nous avons un contrat d’exclusivité.

Comment évolue votre activité sur place ?

Cette activité s’inscrit dans le cadre d’un programme national de mécanisation de l’agriculture dont l’ambition est d’assurer l’autosuffisance alimentaire de ce pays qui compte 16 millions d’habitants dont 2 millions de familles agricoles. Mais intègre également une démarche éthique dont l’ambition est d’accompagner les paysans sur la voie de la mécanisation. En d’autres termes, il n’est pas question de vouloir transférer un modèle de production qui, comme en Europe, a fait le pari de la vocation exportatrice et nous conduit dans une impasse, mais d’aider des agriculteurs dont l’activité de production se concentre sur trois mois/an, à mieux exploiter le potentiel foncier dont ils disposent.
De même, l’ouverture sur la mécanisation nécessite un accompagnement technique dans le but de les rendre autonomes à terme. C’est ce à quoi nous nous attelons depuis plusieurs mois en proposant des formations en mécanique aux futurs utilisateurs.

En tant qu’ex-président des JA du Pas-de-Calais et ex-membre de la Chambre d’agriculture 62, quelle satisfaction tirez vous de cette expérience nouvelle au Burkina ?

En Afrique, rien n’est simple. Pour s’intégrer, il faut avoir les clés et donc savoir s’entourer de gens qui décodent à votre place. Le développement de la mécanisation nécessitera du temps. Mais la mécanisation ne demeure qu’un outil parmi d’autres pour accroître la production. Beaucoup reste à faire en terme d’organisation professionnelle, de gestion de marché, d’infrastructures ou encore de transport ou de stockage, pour parvenir à cet objectif.

Propos recueillis par Philippe Duboelle

Site vitrine de Agri Services : http://agriservicesao.com/

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