Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Le ton monte entre la FNSEA et le ministère

Le ton monte entre la FNSEA et le ministère de l’Agriculture. Si Xavier Beulin est prêt à souhaiter la réussite du Pacte de responsabilité, le président de la FNSEA et son équipe sont beaucoup plus critiques à l’égard du ministre de l’Agriculture. Ils lui reprochent de tarder à prendre des décisions sur de nombreux dossiers qui concernent principalement l’application de la Pac en France et, notamment, ses options pour les aides couplées. Autre reproche, sur le fond : la politique du ministre ne reconnaîtrait pas suffisamment le caractère professionnel et productif des exploitants.

Une opposition de logiques

Y a-t-il un problème de relations personnelles conflictuelles entre Xavier Beulin et le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll ? Xavier Beulin et Stéphane Le Foll, ainsi que leurs équipes respectives, semblent marqués par une inimitié profonde. La situation s’est déjà présentée par le passé, entre le syndicalisme majoritaire et le ministère de l’Agriculture. Un conflit de logique plus que de personnes.
Car si la FNSEA se sent en phase avec le pacte de responsabilité annoncé tour à tour par François Hollande et Manuel Valls et qu’elle distribue quelques compliments à Ségolène Royal sur son approche de l’écotaxe, quand il s’agit de passer aux dossiers gérés par Stéphane Le Foll, c’est la charge. « Posture », « pirouette », « prétendre »… des mots peu amènes à l’encontre du ministre socialiste. « Il faut quitter les postures pour entrer dans la vraie vie », affirme Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, avec des mots que n’aurait pas récusé Xavier Beulin. Il reproche au ministre de l’Agriculture de ne pas prendre de décisions pour un bon nombre de dossiers, notamment le niveau des primes Pac accordées au-delà de la 40e vache allaitante. Xavier Beulin évoque aussi la « pirouette » du ministre concernant l’assurance que les exploitants sociétaires en Earl pourraient se muer en Gaec de manière à bénéficier chacun de la surprime européenne aux 52 premiers hectares. Et d’accuser : « Il est inacceptable et malsain que le ministre dise qu’on choisit une structure sociétaire pour des raisons essentiellement fiscales ».

Situation déjà rencontrée

En clair, les relations entre les deux hommes relèveraient davantage du conflit que de la concertation. Conflit de personne ? La situation n’est pas nouvelle. Sans remonter aux années terribles du temps où Edith Cresson était ministre de l’Agriculture, ses successeurs, de gauche comme de droite, n’ont jamais manqué d’avoir des relations compliquées avec les leaders du syndicat majoritaire. Jean Glavany et Luc Guyau avaient fini par ne plus se parler. Michel Barnier, Bruno Le Maire, ministres de droite, entretenaient des relations parfois plus violentes que celles des deux protagonistes d’aujourd’hui. Les céréaliers gardent un souvenir épouvantable d’un Michel Barnier, initiateur d’une politique de redistribution vers l’élevage.

Xavier Beulin et Stéphane Le Foll se retrouvent dans cette situation. Le premier ne manque pas de contradictions à résoudre au sein de ses propres troupes. La Pac redistributrice à la Stéphane Le Foll heurte, évidemment, les producteurs de grandes cultures sans complètement satisfaire les éleveurs. Si les producteurs de lait représentés par la FNPL, de même que les Jeunes Agriculteurs ou encore les éleveurs d’ovins, s’en satisfont globalement, les producteurs de viande bovine en demandent davantage. Déjà, Jean-Michel Lemétayer avait eu à résoudre cette contradiction d’intérêts. Donner quitus à une politique sans pouvoir trop l’affirmer pour éviter l’explosion du syndicat est un art difficile. Le patron de la FNSEA y risque des attaques trop évidentes des syndicats minoritaires, de la Coordination rurale surtout.

Deuxième difficulté, le président de la FNSEA doit gérer les relations avec un pouvoir de gauche en sachant que la sensibilité de ses troupes se situe plutôt à droite. Pas question pour lui de ne pas afficher haut et fort son syndicalisme pleinement indépendant… tout en ne coupant pas les ponts avec le gouvernement. Hausser le ton devant un ministre de l’Agriculture (en d’autres situations, le ministre de l’Environnement aurait pu représenter ce « bouc émissaire ») tout en conservant l’écoute d’un président de la République et d’un Premier ministre est une stratégie. Elle fut déjà observée dans des contextes différents.

Contradictions

De son côté, Stéphane Le Foll ne manque pas non plus de contradictions à résoudre. Celle de concilier une carrière politique prometteuse, qui passe par de nouvelles responsabilités (porte- parole du gouvernement) tout en permettant de conserver le calme dans les campagnes. Celle aussi de la conciliation entre une agriculture productive et des mesures environnementales. Concilier le vote des agriculteurs avec celui des citadins écologistes en somme. Ce qui revient parfois à recevoir pas mal de coups. L’exemple des OGM est parlant. S’il s’est empressé de faire voter une loi interdisant le MON 810 début 2014, c’est peut-être pour satisfaire un électorat écologiste. Mais c’est surtout pour éviter toute ambiguïté, toute contestation, tirer un trait sur un OGM « de première génération » que peu défendent, pour passer aux autres. Il ne l’aurait pas fait, le débat passionnel aurait resurgi ce qui n’eut pas rendu service à la cause des OGM. A moins que les maïsiculteurs ne se soient officiellement engagés à ne pas cultiver de MON 810. C’était beaucoup leur demander, surtout avec une Coordination rurale à l’affût. Mais au final, Stéphane Le Foll passe pour le gendarme des OGM. Alors qu’il se veut un défenseur de la modernité et des technologies.

Dans ce contexte, la FNSEA aurait aimé le voir remplacé par Didier Guillaume, sénateur PS de la Drôme, réputé plus docile. Mais, ami de Stéphane Le Foll, proche de François Hollande, Didier Guillaume ne se serait sans doute pas révélé aussi accommodant que souhaité par le syndicalisme majoritaire.
Il reste que les deux hommes, Xavier Beulin et Stéphane Le Foll, ou leurs équipes respectives, se voient souvent. Lors de la discussion de la loi d’Avenir au Sénat, les deux hommes ont dîné ensemble. Relations cordiales où les sujets qui semblent fâcher furent abordés. Après, chacun a repris sa liberté. Chacun sa logique.

 

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