Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Le Nord-Pas de Calais riche de sa diversité légumière

Quoi qu’on en dise, la participation de la région Nord-Pas de Calais dans le classement de la France dans le top des pays européens de légumes – après l’Italie et l’Espagne – n’est pas anodine. En effet, en représentant 11 % des surfaces nationales, les producteurs nordistes sont aussi riches d’une grande diversité des productions. Sans aucun doute un atout reconnu lors du dernier congrès de l’organisation Légumes de France qui s’est tenu à Dunkerque, en novembre dernier. Au jeu des comparaisons, plusieurs sources (FAO, Agreste…) montrent que la Chine réalise aujourd’hui plus de la moitié d’une production légumière mondiale qui atteint 924 millions de tonnes. Elle est suivie par l’Inde, l’Union européenne et les États-Unis. En France, on rappelle aussi que la production de légumes se chiffre à 5,2 millions de tonnes, dont 1 million prend la direction des marchés extérieurs. La production française représente un chiffre d’affaires de quelque 3,4 milliards d’euros ; soit un peu plus de 5 % du chiffre d’affaires total de l’agriculture française. On estime en outre que 209 000 hectares sont cultivés en légume sur le territoire national, pour 0,8 % de la SAU.

Un leadership assuré

Avec 6 770 hectares de racines d’endives cultivées en région, le Nord-Pas de Calais concentre ainsi 64 % des surfaces françaises (!) et 60 % des volumes nationaux. Des chiffres qui suffissent aujourd’hui à lui assurer un leadership sur ce marché de plus en plus concurrencé par d’autres régions de production… ailleurs en Europe. Les difficultés assumées de longue date par la filière endives y seraient pour beaucoup. En l’espace de 20 ans, la filière endive régionale a elle seule perdu 2 000 hectares (-22 %) tandis qu’à l’échelle nationale, les surfaces ont reculé de près d’un tiers. Étant moins prononcées qu’au niveau national, ces baisses ont contribué à une augmentation du poids relatif du Nord-Pas de Calais dans la production de racines et d’endives à consommer. En effet, selon la Chambre d’agriculture Nord-Pas de Calais, « dans un contexte de contraction de la production endivière française, tant en surfaces qu’en volumes de chicons forcés, la concentration en Nord-Pas de Calais et Picardie s’est renforcée ». La disparition d’ateliers, dans la région comme ailleurs en France, a en effet conduit à une hyperspécialisation des derniers ateliers et leur concentration dans les bassins historiques de production. Autrefois régions productrices, Champagne-Ardenne et Bretagne seraient ainsi passées sous la barre des 500 hectares, selon l’analyse de la Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais et les chiffres d’Agreste.

Un autre à conquérir : la conserverie

S’il est un secteur sur lequel porte beaucoup d’espoirs le Nord-Pas de Calais, c’est bien celui des légumes destinés à la conserverie. En effet, si les surfaces françaises ont diminué de 19 % en 22 ans (source Agreste 2011), elles se sont accrues nettement en région. Longtemps au troisième rang, le Nord-Pas de Calais a finalement dépassé la Picardie puis la Bretagne, lui ravissant la première place. En termes de chiffres, cela conduit à une production de 106 000 tonnes de petits pois récoltés et 61 000 tonnes de haricots verts. Les deux productions confondues, on estime à 17 500 hectares les surfaces qui y sont consacrées ; soit encore 29 % des surfaces françaises. Depuis les années 90, on constate ainsi que les surfaces de légumes destinés à la transformation ont davantage progressé avant de connaître une stabilité depuis 2000. Toutefois, dans une analyse plus complète, on remarque que c’est le pois de conserve qui profite le plus de cette tendance tandis que le haricot diminue progressivement dans un contexte de recul au niveau national.

Et sur le marché du frais ?

Comme en endive, depuis une vingtaine d’années, force est de constater que les surfaces françaises cultivées se sont fortement contractées. En Nord-Pas de Calais, 1 300 hectares de chou-fleur restent actuellement cultivés, pour un volume récolté de 38 000 tonnes (12 % des volumes nationaux). Dans un contexte baissier, la région resterait néanmoins assez peu touchée. En raison de sa petite taille, comparativement à la Bretagne ? Rien n’est moins sûr, car en dépit d’une seconde place au sein des régions productrices de chou-fleur, le bassin du Nord-Pas de Calais reste 13 fois plus petit que son homologue breton… En poireau, où l’on constate une diminution des surfaces en région au cours des 20 dernières années, la baisse semble moins forte qu’au niveau national (–37 %) tandis que les volumes récoltés ne cessent quant à eux de progresser grâce à la croissance du rendement. En oignon, pas de différences entre les filières régionale et nationale.

Si l’on a ainsi pu constater jusque dans les années 2000 une nette progression des surfaces, celles-ci ont ensuite connu une baisse pour retrouver actuellement le niveau qu’il y a 20 ans. S’établissant autour de quelque 20 000 tonnes, la production régionale représenterait toujours entre 7 et 9 % des volumes français. En céleri rave, les surfaces régionales sont en perte de vitesse dans un contexte national de stabilité. Conséquence de cette baisse, la part représentée par la production du Nord-Pas de Calais dans la récolte nationale s’afficherait autour de 12 % contre 16 % il y a encore quelques années. La bonne nouvelle vient enfin des choux – autres que le chou-fleur – pour lesquels les surfaces se sont accrues (+16 % depuis 1990) alors que celles-ci ont diminué en France. Progressivement, on assisterait donc à une spécialisation de la région dans ce secteur avec des rendements en hausse et particulièrement importants au regard d’une moyenne régionale.

Des atouts indéniables…

Quoi que l’on en dise, la région Nord-Pas de Calais continuerait de disposer d’atouts majeurs pour la production légumière. À commencer par un contexte pédoclimatique régional favorable. Celui-ci permet en effet des productions de qualité, des rendements réguliers et une productivité à l’hectare significative étant donné la nature des sols. Le savoir-faire « historique » des producteurs de la région, concentrés à l’échelle de quelques bassins, est également un atout. Derrière eux, voire à leurs côtés, on retrouve également un certain nombre d’organismes d’appui technique – dont le Pôle Légumes Région Nord – et de transformateurs pour veiller à la maîtrise technique et sanitaire. Les volumes « conséquents » produits en région Nord-Pas de Calais sont de nature à peser à l’échelle française, comme sur le marché européen. La disposition d’une large gamme de légumes – de surcroît reconnus pour leur qualité – renforce en outre l’attractivité commerciale de la production régionale qui trouve des débouchés tant sur un marché local, que national, voire à l’export.

… mais aussi des faiblesses

Face à un certain nombre d’éléments apparaissant comme des opportunités pour la filière régionale, il n’en reste pas moins qu’un nombre conséquent de faiblesses restent à surmonter pour les producteurs de légumes du Nord-Pas de Calais : rentabilité économique des exploitations en berne, augmentation des coûts de production, renouvellement des générations, contraintes réglementaires, distorsions de concurrence ou encore banalisation de l’image de certains produits. Pour une filière bien plus complexe qu’il n’y paraît.

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