Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

La bioraffinerie prend son envol

Selon les chiffres avancés par les partenaires de l’étude issus de 15 pays, ce nouveau modèle bioéconomique qui privilégie le recours à la biomasse pour assurer une partie de la couverture des besoins domestiques de la société à l’avenir, représenterait un marché évalué à 200 milliards d’euros et 200 000 emplois à l’horizon 2020. Les travaux qui ont été conduits par 29 partenaires européens se sont soldés par le dépôt de 23 brevets relevant du secteur de la bioraffinerie. Avec en ligne de mire, la création d’un nouveau carburant destiné au secteur aéronautique qui, à l’avenir, pourrait permettre aux avionneurs de se rapprocher « de manière significative » des engagements de réduction des émissions de CO2 qui leurs seront imposés d’ici 2050, indique Jean-Luc Dubois, chercheur pour le compte d’Arkema, un Centre de recherche situé en Rhône-Alpes.

S’inscrire dans le développement durable

Les travaux qui ont été menés depuis maintenant 4 ans dans le cadre du programme de recherche Eurobioref a été soutenu financièrement par l’Europe dans le cadre du septième Programme cadre de recherche et développement technologique européen à hauteur de 23 millions d’euros (ME) pour un budget total de 38 ME. C’est l’un des plus grands projets de recherche européens centrés sur la chimie, en termes de partenariat et financement réalisés à aujourd’hui. C’est aussi une réussite au regard de ceux qui l’ont piloté, 23 projets ayant été déposés à ce jour dans ce secteur désormais très convoité de la biochimie à l’échelon international. La plupart d’entre eux sont liés à des transformations d’huiles végétales.

L’objectif de ce programme résidait dans la mise au point de process capables de valoriser des sources très variées de biomasse (cultures non alimentaires, résidus agricoles…) en produit à forte valeur ajoutée (biocarburants destinés à l’aviation, polymères, solvants…), ceci en s’inscrivant dans le cadre du développement durable par la conception d’un modèle économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. Dit autrement, « le principe de la bioraffinerie consiste à valoriser l’énergie absorbée par la photosynthèse en vue de rendre l’industrie chimique conventionnelle moins dépendante des ressources fossiles », résume Franck Dumeignil (CNRS), coordinateur du projet Eurobioref. Et ceci, « sans porter de préjudice majeur à l’alimentation humaine », prévient le chercheur qui rappelle qu’à ce jour, la chimie du végétal n’occupe que 2 % des surfaces cultivables en Europe et 3 % dans le monde. Soit 10 fois moins que ce que représente le gaspillage alimentaire en Europe estimé à 30 %. En outre, pour éviter d’entrer en compétition avec les cultures alimentaires, Franck Dumeignil estime qu’il existe de nombreuses stratégies qui portent en particulier sur : une augmentation des rendements des cultures alimentaires ; l’utilisation de zones peu fertiles et marginales ; l’utilisation de résidus ou de la partie non comestible des plantes ; l’utilisation de la biomasse ligno-cellulosique ; la rotation intelligente des cultures qui améliore la qualité des sols…

Capitaliser sur les outils existants

De même, pour pouvoir prétendre à se développer, le secteur de la bioraffinerie doit nécessairement promouvoir une biodiversité adaptée aux régions européennes, réduire ses coûts de production qui demeurent plus élevés en Europe qu’ailleurs, réduire sa consommation d’énergie, produire zéro déchet grâce à l’utilisation de l’ensemble de la biomasse et réduire ses délais de commercialisation pour s’imposer face à la concurrence. Les études qui viennent d’être conduites, tendent à démontrer que de tels objectifs peuvent être atteints dans un bon nombre de situations.

En outre, le développement d’une telle industrie, suppose de créer un lien entre le monde agricole supposé en être le principal fournisseur et l’industrie chimique. Enfin, pour aboutir à l’objectif d’un marché de 200 millions d’euros d’ici 2020, il conviendra de réaliser de lourds investissements, souvent compris entre 150 et 400 millions d’euros selon la taille du site. Des montant d’investissement qui pourraient entraîner des risques financiers importants d’où les recommandations avancées par les initiateurs de l’étude et qui incitent à « capitaliser sur les outils existants ». Une phase de transition qui présente en outre l’avantage d’accélérer le développement de la bioraffinerie, de bénéficier d’une expertise au sein de l’entreprise et de mieux répartir le risque financier sur les marchés, résume Jean-Luc Dubois.

Philippe Duboelle

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