Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Julien Bajeux : « Les jeunes gardent l’envie de s’installer »

Nouveauté cette année, il n’y a plus deux finales départementales de labour, mais un seul événement régional. Qu’est-ce que cela représente ?
C’est l’aboutissement d’un long travail puisque nous parlons de régionalisation depuis un an et demi, même si des tentatives avaient déjà eu lieu, sans aboutir, par le passé. Après pas mal de discussions, de réflexion et avec une bonne entente, la régionalisation de notre structure fonctionne aujourd’hui. Étant donné qu’il n’y a plus de finales départementales, il y a eu un événement grand public dans le Pas-de-Calais cette année avec Place Nature, puis la finale régionale de labour dans le Nord, ce dimanche. L’an prochain, nous inverserons.
Au lendemain de la finale régionale de labour, quelles vont être les prochaines étapes de la régionalisation ?
En février-mars 2014, nous devrions élire un bureau régional, avec un seul président. Actuellement, Guillaume Caron et moi-même sommes co-présidents de la structure. Deux secrétaires généraux seront élus, représentant chacun un département. Pour autant, nous ne ferons pas de révolution dans l’organisation. Nous garderons bien nos locaux dans le Nord et le Pas-de-Calais. Mais ce sera l’occasion de voir de nouvelles têtes. Le renouvellement des responsables est régulier, c’est aussi ce qui fait le charme des JA.
Traditionnellement, les finales départementales de labour sont l’occasion pour les JA de marquer leur « rentrée » syndicale. Qu’en est-il pour le Nord-Pas de Calais ?
Même s’il y a aujourd’hui un mieux dans le secteur de l’élevage, la situation des producteurs laitiers reste une grosse préoccupation. Dès la rentrée, nous allons regarder à ce que les industriels ne profitent pas de la mobilisation des agriculteurs sur la question des marges. Après avoir ciblé la grande distribution et dénoncé leurs pratiques, il ne faudrait pas que ce soit les industriels qui en profitent. Dans les autres productions animales, comme la volaille ou le porc, même s’il y a aussi un léger mieux, la situation reste fragile. Les investissements sont lourds pour des jeunes qui cherchent à se lancer ou à développer ce type de production. En maraîchage, on sait aussi que les choses ne sont pas faciles. Ensuite, la question du foncier reste un enjeu important avec toujours trop d’hectares qui disparaissent pour aménager des zones logistiques sur lesquelles il ne passe rien.
Au regard des derniers chiffres du recensement agricole qui montrent une augmentation du nombre d’installés, y compris hors cadre familial, l’installation reste-t-il toujours un sujet de coeur pour les JA ?
Il est toujours bon de voir une augmentation du nombre d’installations, mais l’accessibilité au foncier reste compliquée. Et trop de jeunes ont envie de s’installer sans pouvoir le faire. Les démarches sont elles aussi complexes et lorsque l’on voit les contraintes imposées pour l’agrandissement ou la création d’un bâtiment, c’est plus que décourageant. Tous ces éléments n’incitent pas les jeunes à s’installer. Au cours du premier trimestre 2014, nous allons ainsi inviter un certain nombre d’élus, de représentants des services de l’État sur nos exploitations pour leur montrer les réalités de notre métier et les conséquences de certaines décisions.
De plus en plus de jeunes agriculteurs s’installent avec un statut sociétaire ou intègrent des sociétés déjà constituées. Comment l’expliquer ?
D’un point de vue fiscal, s’installer en société a des avantages. Mais l’intérêt d’être en société se montre également lorsque l’on est plusieurs sur une même ferme. Certaines fermes peuvent avoir des capitaux importants, avec des associés qui ne sont pas toujours forcément exploitants. La forme sociétaire peut aussi sécuriser des exploitations avec de forts capitaux. De plus en plus, l’exploitation se raisonne comme une entreprise et il n’est pas forcément facile pour un jeune tout seul de reprendre une exploitation, même si elle est familiale. On peut avoir besoin d’associés.
Sur l’installation comme sur la transmission, considérez-vous qu’il reste un travail à faire après les rendez-vous dédiés de 2013 ?
Il est certain qu’en matière de transmission, il y a encore un gros travail de communication à mettre en oeuvre. Un certain nombre de cédants ont envie de céder à un jeune et il faut mettre à l’honneur les agriculteurs qui le font, plutôt que de laisser leur ferme contribuer à l’agrandissement d’autres structures. Le fait pour un agriculteur de ne pas être propriétaire des terres qu’il cultive rend toutefois les choses plus compliquées au moment de la cession. Tout est aujourd’hui fait pour faciliter la cession d’exploitations dont les cédants sont propriétaires, mais pas grand chose pour les locataires. Sur l’installation, nous devrions engager une campagne de communication avec le Conseil régional sur le thème de l’installation. Une nouvelle journée régionale de l’installation devrait être organisée avant la fin de l’année. Lorsque l’on voit des jeunes du Nord-Pas de Calais quitter la région pour s’installer ailleurs, avec une telle envie, c’est bien la preuve que le métier continue d’intéresser.
Propos recueillis par Vincent Fermon
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