Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Gérard Tubéry : « Le défi protéagineux demeure stratégique »

Considérez vous que le cadre fixé par Bruxelles pour la nouvelle Pac s’avère avantageux pour le secteur des oléoprotéagineux ?

Le secteur des oléoprotéagineux, il est important de le souligner, se caractérise par une forte demande en protéines à l’échelon international avec pour enjeu, des risques de tension sur les prix et de disponibilité. Ceci est encore plus vrai en Europe et en France ou en plus d’une offre en protéines structurellement déficitaire, s’ajoute une forte demande en marchandise non OGM.
S’agissant des avancées obtenues dans le cadre de la nouvelle Pac je note que c’est la première fois, depuis 1982, qu’un texte de base européen affiche la nécessité de réduire la dépendance des élevages aux protéines importées.
Nous nous félicitons par conséquent que la nouvelle Pac laisse la latitude, aux Etats membres, de recoupler 2 % des aides du premier pilier en faveur des cultures protéiques. Il s’agit là d’un outil favorable à la production. Reste désormais à décliner les textes à l’échelon national.

Le 27 juillet dernier, vous avez pu exposer vos propositions au ministre de l’Agriculture en vue de développer la production d’oléoprotéagineux en France. Que lui avez-vous demandé ?

Notre ambition est de promouvoir une production qui s’appuie sur une filière organisée dans la perspective de conforter des filières économiques durables. Je rêve qu’on réussisse à faire avec les protéagineux ce que nous avons réussi avec les oléagineux (voir encadré). Nous nous battons pour que notre secteur bénéficie d’un encadrement favorable face aux marchés, contribue à la diversité des assolements afin d’assurer la durabilité des systèmes agricoles et participe à une réduction des aléas agricoles en assurant un revenu aux producteurs.

Que réclamez vous dans le cadre du recouplage des aides ?

S’agissant de la possibilité réservée aux États membres de recoupler 2 % des aides du premier pilier en faveur des cultures protéiques, nous sommes attachés à ce que le bénéfice de cette aide permette d’encourager des projets économiques s’inscrivant dans des dynamiques de filières réunissant, dans un cadre partenarial et contractuel, producteurs, éleveurs, organismes stockeurs et industriels. Nous demeurons opposés à toute mesure qui viserait à favoriser des approches autarciques sur les exploitations.
Dans ces 2 % de recouplage, nous plaidons pour que d’autres cultures telles la luzerne déshydratée ou le soja soient également ajoutées mais aussi pour que les cultures protéiques puissent intégrer les futurs groupements d’intérêts économiques et écologiques (GIEE) dans le cadre d’un partenariat contractualisé avec la filière de l’élevage. Nous devons profiter de cette nouvelle Pac pour construire quelque chose d’original. De même, face au refus, en particulier en France, de consommer du soja non OGM, on observe l’émergence de projets locaux. L’Inra et le Cetiom travaillent de concert pour progresser dans cette voie. Ce nouvel outil qu’est le GIEE pourrait servir de levier au montage de filières locales de soja non OGM.
De même, nous estimons que les légumineuses à graines qui permettent de réduire la fertilisation azotée et, par ricochet, la consommation d’énergie fossile, ont toute leur place sur les surfaces d’intérêt écologique ; aussi, nous proposons la création d’une MAE spécifique ciblée principalement sur un taux minimum de légumineuses et qui réponde spécifiquement à l’enjeu gaz à effet de serre.
Reste à connaître les détails avant les décisions d’assolement qui se prendront durant l’été 2014.

Propos recueillis par Philippe Duboelle

* Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux.

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