Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Gérard Napias : « L’administratif dans nos entreprises, un véritable fléau »

Pourquoi avoir choisi de venir à Dunkerque pour tenir votre congrès ?

Cette décision fait suite aux difficultés rencontrées en 2012 par les entrepreneurs de la région qui, malgré les inondations, ont conduit à terme la campagne d’arrachage des betteraves démontrant ainsi leur professionnalisme. Dans un tel contexte, nous ne pouvions qu’apporter une réponse fortement favorable au souhait formulé par l’Union régionale des entrepreneurs de travaux Nord-Pas de Calais-Picardie d’accueillir ce congrès. En 2002, nous étions à Arras où je conduisais mon premier congrès.

Qui sont les entrepreneurs des territoires ?

Les EDT sont près de 25 000 en France. Ils sont présents dans plusieurs domaines d’activités qui vont des prestataires de travaux agricoles aux entrepreneurs de travaux forestiers en passant par des activités de service en milieu rural (accotements, création de fossés…). La professionnalisation des entreprises incite à une concentration dans ce secteur. Pour autant, la baisse de nombre d’EDT s’accompagne dans le même temps d’un accroissement du nombre de salariés.

Quels seront les thèmes qui seront abordés au cours de ces trois journées ?

La nouvelle Pac doit nous inciter à une remise en cause dans notre façon de travailler. Nous devons développer la contractualisation avec nos clients, leur proposer des prestations adaptées à leurs attentes, en particulier en direction des entreprises agroalimentaires qui sont amenées à travailler en flux tendu. Avec pour objectif l’assurance de pouvoir investir pour plusieurs années et ainsi apporter un service au top.

Quelles sont les principales évolutions auxquelles la profession a du s’adapter ces dernières années ?

Aujourd’hui, on n’attend plus le client. Il faut aller à sa rencontre, lui faire des propositions et être à même de le rassurer sur la qualité de la prestation qui va lui être rendue. À partir de là, le coût tarifé devient presque secondaire. Depuis quelques années, on observe que les EDT ont appris à communiquer.

Les EDT sont des pourvoyeurs d’emploi potentiels. Dans quelles conditions s’opère le recrutement ?

En France, les EDT emploient 75 000 salariés. La professionnalisation du métier d’entrepreneur s’est accompagnée, dans certaines régions comme la mienne, d’une facilité de recrutement à la sortie des écoles, à la fois de collaborateurs spécialisés dans le travail de terrain mais également de techniciens qui interviennent dans le management, l’organisation du travail et la relation client. Le recrutement de nouveaux collaborateurs demeure un travail d’anticipation même si dans ces métiers, il est possible, aujourd’hui, de prétendre à un niveau de rémunération très correct. C’est dans notre intérêt si l’on veut privilégier une main d’oeuvre qualifiée.

Les EDT réclament une meilleure prise en compte de la saisonnalité agricole dans la réglementation. Etes vous entendus par les Pouvoirs publics ?

Les entrepreneurs doivent de plus en plus faire face à une réglementation tatillonne. Nous sommes contrôlés en permanence. Pour ma part, l’Inspection du travail s’est rendue 5 fois sur mon entreprise en 3 mois, est-ce sérieux ? Il est normal de respecter la réglementation, notamment en termes de sécurité, mais à force d’en rajouter des couches, nous finissons par passer la moitié de notre temps au bureau. Est-ce ça la production ? L’administratif dans nos entreprises est devenu un véritable fléau. Nous devons le dénoncer.

Un amendement relatif au projet de loi d’avenir pour l’agriculture a été voté par les sénateurs et reçu un avis favorable du gouvernement pour créer une dérogation à l’obligation d’agrément pour l’application des produits phytosanitaires. Pourquoi cette opposition des EDT ?

Cette décision est d’autant plus regrettable que nos entreprises de travaux se sont mobilisées pour obtenir leur agrément et ainsi, afficher leur professionnalisme. C’est encore un exemple des mouvements en avant et en arrière du gouvernement.

Quel regard portez vous sur les Cuma, considérez-vous qu’elles entrent en concurrence avec les EDT ?

Nous sommes opposés à certaines Cuma devenues des mastodontes et qui réalisent des prestations de service extérieures sous couvert du seuil autorisé par le législateur tout en continuant à bénéficier des soutiens publics. On est loin de l’idée des petites Cuma auxquelles nous sommes favorables et qui sont là pour maintenir des agriculteurs et conserver le tissu rural. Des Cuma avec qui nous entendons développer des relations professionnelles.

Peut-on considérer que le métier d’entrepreneur reste un métier d’avenir ? À quelles conditions ?

Bien sûr. C’est un nouveau métier qui doit offrir des prestations de plus en plus complètes. En outre, faire appel à un entrepreneur ou à une Cuma doit permettre aux agriculteurs de se désendetter en rentrant dans un schéma de contractualisation. Nous devons apprendre à jouer gagnant-gagnant des deux côtés.

Quelles réponses attendez-vous des Pouvoirs publics ?

Nous attendons du gouvernement qu’il mette fin à son acharnement dans les contrôles et s’engage vers un allègement des procédures.

Propos recueillis par Philippe Duboelle

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