Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Fabrication d’aliments à la ferme : l’anticipation est de mise

La fabrication d’aliment à la ferme (Faf) représente une part importante du mode d’alimentation dans les élevages de porcs de la région. « Environ 80 % des éleveurs sont également Fafeurs », souligne Jean-Marie Vanvincq de la Chambre d’agriculture. « Ici, les exploitations sont liées au sol », ajoute-t-il. Il existe plusieurs types de Fafeurs :
– L’éleveur est auto-suffisant en céréales
– L’éleveur achète une partie des matières premières.
« Très peu d’entre eux achètent tout leurs céréales ». Avec la hausse des cours, il est devenu difficile de nourrir les porcs car les coûts d’alimentation représentent 70 % du coût de production.

Un travail à part entière

« La fabrication à la ferme, c’est du travail », insiste Jean-Marie Vanvincq. « Savoir manier les achats, est aussi indispensable pour un Fafeur », ajoute-t-il. Sur leurs exploitations, « certains gèrent jusqu’à six ou sept matières premières ». La Faf a l’avantage de permettre à l’éleveur d’être autonome. « Mais cette autonomie demande du temps ». Il faut y consacrer « une à deux heures par jour ».
Pour la formulation, le minéralier intervient. Mais la chambre d’agriculture organise des formations pour formuler seul grâce à un logiciel. 50 éleveurs y ont participé. Ils peuvent ainsi suivre au plus près le prix de leur aliment et être acteur de leur formulation. L’intérêt principal pour Serge Soëte, président d’Airfaf (1) et éleveur de 200 truies, est de pouvoir « équilibrer au plus juste l’alimentation ».
Un des avantages qu’il souligne est « le contrôle de la qualité ». Les fafeurs peuvent suivre celle de leur aliment grâce à l’échantillonnage des matières premières.

Anticiper les hausses

Le président d’Airfaf a un fonctionnement particulier, il ne produit pas de céréales sur son exploitation. Le prix de des matières premières l’impacte directement. « Il y a deux solutions pour se couvrir », explique Serge Soëte. « Avoir une capacité de stockage importante ou acheter sur le marché à terme ». Des contrats ont permis à Serge Soëte de diminuer les coûts cet été. « Aujourd’hui, il y a des propositions de contrats pour mai 2013 », il est difficile d’anticiper si longtemps à l’avance. Pour les céréales la conjoncture est encore plus compliquée, on ne sait pas s’il faut se couvrir rapidement ou s’il faut attendre de meilleures opportunités pour nos besoins d’ici la nouvelle récolte. Serge Soëte ne veut pourtant pas revenir en arrière : « Le prix de la Faf reste inférieur au prix de l’aliment acheté à part lors d’événement ponctuel ».
Les pratiques se diversifient pour que la Faf soit rentable. Les acides aminés de synthèse étaient peu utilisés. « Pour diminuer les coûts de quelques euros, leur taux d’incorporation a augmenté. Depuis deux-trois ans, l’utilisation de maïs humide se développe également », ajoute Serge Soëte.

Les coproduits n’en sont plus vraiment

Pour diminuer les coûts, les co-produits sont de plus en plus utilisés. « L’incorporation des coproduits est limitée à cause du sel. Certains sont également plus difficiles à introduire ». « Les co-produits sont pris d’assaut », estime Jean-Marie Vanvincq. Ce qui était un déchet « est presque devenu une matière première ». A tel point que « le coût des coproduits est indexé sur celui des matières premières ». Le prix est « toujours intéressant » mais il reste élevé. Pour que la Faf soit intéressante, Jean-Marie Vanvincq conseille d’« utiliser d’abord ses propres matières premières ».

La Faf pour tous ?

La Faf est à penser dans une structure globale. « La taille d’élevage doit permettre d’amortir l’investissement. L’équipement doit être rentabilisé : stockage, ventilation, transfert… ». L’investissement ne doit pas forcément être important : « L’idéal est de ne pas dépasser les 25 euros par tonne de fabrication ». Serge Soëte estime qu’avec les outils de gestion technico-économique, il est aujourd’hui plus facile de faire le point. « On connaît des points de repère précis, on peut donc mieux contrôler sa rentabilité ».

Carole Gautier

(1) Association interprofessionnelle régionale de fabrication d’aliments à la ferme

 

Découvrez l'intégralité de l'article dans le Journal Horizons NPDC
Partager sur

En relation avec cet article