Écrit le 20 mai 2014 par Horizons

Entretiens de Chantilly : le développement de la bioraffinerie est engagé

Ces journées consacrées à la valorisation des agro-ressources, ont notamment permis de mesurer la place de la biomasse produite en agriculture dans les process industriels de demain sans pour autant négliger les conséquences que pourrait générer la montée en puissance de son utilisation en terme de conflit d’usage entre l’alimentaire et le non alimentaire. Une problématique qui, à terme, pourrait constituer une pierre d’achoppement dans le processus de développement de la bioraffinerie en Europe et dans le monde, conviennent de façon unanime les chercheurs. Des développements industriels commencent à se préciser.

Un ancrage territorial

Conduits à l’initiative du pôle de compétitivité Champagne-Ardenne/Picardie Industrie Agro Ressouce (IAR), les entretiens IAR qui viennent de se tenir à Chantilly, ont permis, selon les organisateurs, de progresser dans plusieurs directions. En particulier sur les interactions que devront conduire les bioraffineries avec leurs territoires et plus particulièrement, sur le lien privilégié que celles-ci devront entretenir avec le monde agricole et les coopératives, a souligné Daniel Thomas, vice-président du pôle IAR qui milite pour « une répartition harmonieuse de la valeur ajoutée » à toutes les étapes de la filière.
D’autant que la chimie du végétal qui repose sur l’utilisation de la plante entière (voire la valorisation de sous-produits agricoles parfois considérés comme des déchets) en substitution aux molécules carbonées issues du pétrole, semble promise à un brillant avenir, si l’on en croit les spécialistes. Car les possibilités sur le plan de la transformation industrielle se révèlent nombreuses, depuis la fabrication de shampoing, de crème pour le visage jusqu’aux sièges pour l’automobile en passant par la peinture, les matériaux de construction ou encore les colles, les parfums, les produits de nettoyage, les matériaux d’isolation, mousses… sans oublier la production d’énergie (biocarburants, électricité, chaleur).
De même, la bioraffinerie demeure génératrice d’emplois non délocalisables sur les territoires ruraux. À titre d’exemple, en Picardie, l’amidonnerie de Nesle (groupe Tereos Syral) emploie 250 salariés permanents et transforme plus de 900 000 tonnes de blé par an (soit environ 25 % du blé picard) en une large gamme de produits (sirops de glucose pour l’industrie agroalimentaire, alcool haut de gamme pour les spiritueux, alcool absolu pour le secteur des cosmétiques, de la pharmacie et de la chimie…).

La durabilité pour leitmotiv

Si la ressource agricole dans des régions comme la Champagne-Ardenne, la Picardie ou encore le Nord-Pas de Calais présente un réel potentiel en terme de volume, « notre objectif est de valoriser au mieux ses différents usages sans les opposer », insiste Anne Ferreira. Pour la vice-présidente du Conseil régional de Picardie, « il n’est pas question de faire entrer en concurrence l’alimentaire et le non alimentaire. De plus, « notre souci est bien celui de la durabilité ». Un point de vue que partage le président du pôle de compétitivité IAR. Pour Dominique Dutartre, le développement des bioraffineries est conditionné à l’évolution de pratiques agricoles qui doivent s’inscrire dans la durabilité en veillant à ce que « l’utilisation de la biomasse n’entraîne pas de conflits d’usage, ce qui aurait pour effet de condamner l’avenir de la chimie verte ». Pour autant, « il convient de relativiser », poursuit Dominique Dutartre qui relève qu’en 2011, seulement 2,5 % de la totalité des surfaces agricoles en France étaient consacrés à la fabrication des biocarburants. Pour autant, les spécialistes entendent jouer la prudence sur cette question récurrente en « produisant des données qui devront être indiscutables pour ramener de la rationalité dans le débat », souligne le président du pôle IAR qui reconnaît bien volontiers que celui-ci demeure « légitime ».

Un pari en passe d’être réussi

Depuis 2005, date de la création du pôle IAR Champagne-Ardenne/Picardie, pas moins de 135 projets de recherche dans le domaine de la valorisation de la biomasse, ont été labellisés sur les deux territoires. Ceci s’est traduit par des montants d’investissements (démonstrateurs…) estimés autour de 1,25 milliard d’euros dont deux tiers financés par des opérateurs privés, précisent les dirigeants du pôle qui soulignent « l’effet levier » généré par l’investissement public. De l’argent qui a également contribué à la création de 250 emplois directs En outre, la montée en puissance du pôle a conduit à des rapprochements entre les entreprises qui, selon Daniel Thomas « ne peuvent s’en sortir que si elles chassent en meute… ».
Plus concrètement encore, les premières réalisations à l’échelle industrielle devraient commencer à voir le jour entre 2014 et 2020 ce qui devrait faire des deux régions précédemment citées la référence européenne pour les valorisations des agro-ressources à l’horizon 2015. Et ce alors qu’un certain nombre de pays dans le monde tels que la Chine, la Thaïlande ou le Japon semblent progresser rapidement dans cette direction.

Philippe Duboelle

 

Découvrez l'intégralité de l'article dans le Journal Horizons NPDC
Partager sur

En relation avec cet article