Écrit le 11 février 2016 par Vincent Fermon

Le blocage des centrales d’achat se poursuit

Depuis hier (mercredi), 14h, la plupart des plateformes d’approvisionnement des grandes et moyennes surfaces alimentaires de la région sont bloquées par un mouvement de contestation des agriculteurs.

A l’initiative de la FRSEA Nord-Pas de Calais – Picardie, de l’ADPL et des JA Nord-Pas de Calais et Picardie, les agriculteurs se sont installés pour une durée encore indéterminée. Sur plusieurs sites, des groupes d’exploitants ont passé la nuit, en se relayant.

IMG_2373

A Lillers, sur la plate-forme de Lidl, ils étaient encore une vingtaine ce matin, vers 8h. Certains agriculteurs, en majorité des jeunes, avouaient être « à cran », après une nuit blanche. La profession reproche à la GMS de porter une part de responsabilité dans la crise traversée par le monde agricole, notamment en mettant en cause une répartition des marges inégale. « Pendant que nous sommes là, nous ne sommes pas sur nos exploitations, s’exaspérait l’un des manifestants. Mais on ne lâchera rien ». Entre deux constats d’huissiers, les agriculteurs répondent aux questions, avec colère. La crise traversée par le monde agricole touche principalement le secteur de l’élevage, expliquait-on à Lillers. « C’est simple, nous, on ne peut pas stocker nos animaux et cela, les distributeurs le savent », détaillait un éleveur. Au fil de l’énumération de leurs revendications, certains agriculteurs évoquent la détresse psychologique, et l’abandon des pouvoirs publics face au grand nombre de suicides que connaît le monde agricole. « On n’en parle pas suffisamment, c’est un sujet encore très tabou pour les agriculteurs, alors que pour d’autres professions, on en parle beaucoup plus ». Tous évoquent la fierté d’être agriculteur, et leur volonté de pérenniser l’outil de travail qu’ils ont reçu.

IMG_2381

Sur la base logistique d’Intermarché, à Bruay-la-Buissière, un groupe d’agriculteurs tenait également encore le siège, ce matin. Parmi eux, certains ont aussi passé la nuit devant les grilles de la centrale d’achat. Pour passer le temps, en attendant les consignes sur la durée du mouvement, on joue aux cartes ou sur les smartphones, mais le cœur n’y est pas. Un éleveur du canton de Lumbres témoigne : « On nous achète le lait à 28 centimes le litre et une fois sorti de la centrale d’achat, il est affiché à 38 centimes, pour se retrouver ensuite à plus de 70 centimes dans les magasins. C’est là qu’est le problème », explique-t-il, avant de répondre aux questions d’un nouvel huissier. « Nous ne voulons pas être des esclaves, poursuit-il, nous voulons simplement vivre de notre travail… » Si cet éleveur a pu venir prêter main forte à ses collègues sur le barrage bruaysien, « c’est parce que je suis en GAEC et que j’ai un associé qui a bien voulu me remplacer aujourd’hui sur l’exploitation… », explique-t-il.

IMG_2391

A Tilloy-les-Mofflaines, les accès à la centrale d’achat Leclerc Scarpartois sont également bloqués depuis hier midi. Devant les grilles où s’amoncellent pneus et palettes, un groupe d’agriculteurs s’affairaient sous une tente. Les visages sont là aussi fermés, dans l’expectative. Tous attendent avec impatience les messages qui seront délivrés pendant (et après) une rencontre prévue cet après-midi, à la Cité de l’Agriculture, à Saint-Laurent-Blangy, avec les acheteurs des différentes enseignes. En attendant, le mot d’ordre est simple : « On ne bouge pas ».

IMG_2398

Découvrez l'intégralité de l'article dans le Journal Horizons NPDC
Partager sur

En relation avec cet article